La cathédrale Notre-Dame de Paris renaît de ses cendres

Après son terrible incendie, la cathédrale Notre-Dame de Paris renait de ses cendres. Projecteur sur quelques uns des 2 000 artisans et compagnons qui ont œuvré à sa reconstruction.

Victor Hugo, à travers son roman, a été le premier grand défenseur de Notre-Dame, qui était en déclin sans susciter l’intérêt des autorités de son temps. Grâce à son livre publié en 1831, il a fait découvrir cette cathédrale au monde entier, inspirant une comédie musicale qui a connu 5000 représentations et attiré près de 20 millions de spectateurs. La cathédrale a ensuite été restaurée avec brio par l’architecte Eugène Violet-Leduc, mais sa flèche emblématique s’est tragiquement effondrée dans un incendie qui a ému la planète entière.

Pour redresser cette situation bien plus dramatique que celle de l’époque de Victor Hugo, Notre-Dame, première des églises ogivales qui, grâce aux architectes français, a touché le ciel des grandes villes européennes, avait besoin d’un nouveau sauveur. Philippe Villeneuve, architecte en chef des monuments historiques, a alors pris le relais. Passionné par cette dame médiévale, il s’est engagé à la reconstruire à l’identique. Enfant, il avait réalisé une maquette de Notre-Dame, et en tant qu’adulte, il a même fait tatouer sa flèche sur l’avant-bras gauche. Que serait-il arrivé si les idées de modernisme, qui proposaient une flèche en verre, avaient été mises en œuvre ? Aurait-il été le troisième homme à sauver ce joyau, si cher au monde, qui a vu 350 000 donateurs, dont 45 000 Américains, contribuer à sa reconstruction ?

Le respect du patrimoine a prévalu. Deux mille artisans, compagnons, tailleurs de pierre, ouvriers, charpentiers, ferronniers, verriers, sculpteurs, ébénistes, peintres et facteurs d’orgue, sous l’œil attentif de scientifiques désireux de mieux comprendre l’évolution de l’édifice et de ses matériaux, ont travaillé sans relâche depuis ce tragique 16 avril 2019. Une énergie collective et une multitude de talents ont permis à cette cathédrale millénaire de renaître de ses cendres.

Pose d’une partie de la charpente

Philippe Villeneuve, qui avait déjà travaillé sur des projets de rénovation partielle avant l’incendie (ce qui a permis de sauver les apôtres au pied de la flèche), s’est retrouvé à repenser entièrement son approche. Même dans ses rêves les plus fous, il n’aurait jamais imaginé un tel chantier pour « sa » Dame. Aucune entreprise, qu’elle soit grande ou petite, spécialisée dans la restauration du patrimoine, n’avait anticipé la nécessité de proposer leurs services pour reconstruire à l’identique l’un des monuments les plus emblématiques de France.

Nous avons eu l’occasion d’échanger avec l’Atelier Vitrail Saint-Georges, près de Lyon, un spécialiste de la réfection des vitraux qui venait de restaurer la verrière des Galeries Lafayette à Paris. « Les échafaudages ont permis de nettoyer les trois roses », explique Jean Mône, maître-verrier de cette entreprise fondée en 1852. Son père, Joël, l’a achetée en 1979 et a su la faire prospérer avant de la transmettre à ses enfants, Jean et Cécile, en 2010. L’atelier familial a récemment accueilli la troisième génération avec l’arrivée de Lissandre, 15 ans, fils de Jean, qui est apprenti en CAP, tout comme son père il y a 25 ans. Les 3000 m² de vitraux étaient répartis en douze lots. « Nous avons été sélectionnés pour restaurer deux lots : 120 m² de vitraux de la sacristie et 400 m² provenant du chœur », explique avec fierté le maître-verrier. « En travaillant sur ces vitraux, nous avons eu le sentiment de participer à un chantier unique dans une vie, d’écrire l’histoire de France, et mon équipe était ravie de faire partie de cette aventure », reconnaît Jean.

 

Restauration des 800 tubes de l’orgue

Chez Atelier de la Boiserie, une PME de 70 personnes réparties entre Paris et le Vaucluse, le sentiment est similaire. La mission de restauration des boiseries, menuiseries et ferronneries était guidée par un souci d’excellence qui anime le quotidien de ces artisans. « Nous avons refait la patine sans mettre à blanc le chêne », nous explique-t-on. « Une attention particulière a été portée au choix du bois pour les greffes, en réutilisant du chêne ancien déjà oxydé », ajoutent-ils. Leur objectif était que la restauration soit la plus discrète possible. « À la fin, nous ressentons une étrange fierté d’avoir accompli un travail que personne ne remarque », conclut notre interlocuteur.

Nous pouvons être sûrs que parmi les millions de visiteurs attendus sous les voûtes de Notre-Dame, qui a retrouvé une incroyable luminosité, nombreux seront ceux qui apprécieront la clarté des vitraux restaurés par les artisans lyonnais, ainsi que le reflet d’une menuiserie, la brillance d’un laiton et l’éclat d’une ferronnerie, tous passés entre les mains des compagnons de l’Atelier de la Boiserie.

En entrant donc dans Notre-Dame, vous retrouverez donc l’intégralité du vaisseau rstauré avec deux éléments qui, le miracle est bien là, ont résisté aux flammes ou n’ont pas été atteints par elles : l’immense  croix dorée commandée par le cardinal Lustiger laquelle a été installée derrière l’autel en 1994 et la Vierge du vœu de Louis XIII. Alors que l’eau ruisselait, que le plomb tombait dans les travées ; la statue de la Vierge Marie tenant l’enfant Jésus dans ses bras communément appelée la Vierge du pilier (qui date du XIV ème siècle)  a été épargnée par le feu, tout comme les vitraux, l’orgue et la façade de Notre-Dame. Des signes pour que se reconstruise la foi du plus grand nombre ???

En parallèle de cette reconstruction à l’identique, quelques touches plus contemporaines se font voir et apprécier : le mobilier liturgique commandé au sculpteur Guillaume Bardet dont un très épuré autel imaginé comme une voûte inversée. Et Monseigneur Ulrich de féliciter pour cette pièce aux reflets mordorés qui s’harmonisent parfaitement avec les proches stalles en bois.

La Piéta de Notre Dame

C’est l’architecte Sylvain Dubuisson qui a conçu le reliquaire pour la couronne d’épines du Christ qui, selon les propos de Monseigneur Ulrich, d’une « couronne de douleur devient une couronne de gloire révélant sa vraie nature ».

L’ornement sacerdotal créé par Castelabajac

Aujourd’hui donc et après plus de 5 ans de restauration, la cathédrale Notre-Dame est ressuscitée et peut à nouveau être ouverte à tous les publics désireux d’y prier et / ou d’admirer sa beauté extérieure et intérieure.

Réservation fortement conseillée pour les visites sur notredamedeparis.fr

Visuels fournis par l’association rebâtir Notre-Dame de Paris, A. Komenda, P. Zachmann, Art Graphique & patrimoine, M. Euler / AP / Sipa

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